Ma petite femme maman,

Je n’ai pas trouvé les mots pour te dire tout ce qui m’envahissait il y a quelques heures. Je réalise encore à peine et dans l’effervescence de ce moment si particulier, je préfère poser les mots, ce qui est plutôt rare chez moi tu en conviendras. Peut-être en est-il ainsi de tous les hommes je ne sais pas ? Tu auras au moins une trace de ces mots.

Je ne sais même pas par où commencer. Le plus simple est sans doute alors de débuter par les prémices.

Et au début, il n’y avait rien.

Rien qu’une envie de construire une vie à deux, puis à plus. En fait, c’est loin de n’être rien.

Je t’ai vu guetter le calendrier tous les mois. Je ne disais rien, non pas parce que cela m’était indifférent, mais tout simplement pour ne pas te mettre la pression. Cela ne faisait que quelques mois que nous étions sérieusement mis à l’œuvre comme tu le notifiais. Mais je comprenais enfin j’essayais de comprendre ce que tu pouvais ressentir. Mais la joie est plus facilement transmissible que les déceptions où l’autre prend sur lui pour faire le fort et maintenir tout le monde à quai.

Et puis un soir en rentrant du travail, j’ai vu qu’il y avait quelque chose en toi de changé. Une expression sur ton visage et surtout l’étincelle dans tes yeux si éclatante. Mais je n’ai rien dit. Je t’ai laissé le plaisir de me faire cette surprise. Tu m’as simplement tendu une petite boite avec à l’intérieur un ruban bleu et un ruban rose. J’ai joué encore un peu l’étonné avant de te prendre dans mes bras et nous avons ri et dansé, avant de redevenir sérieux. Tout allait changer ! Tout commençait déjà à changer, à l’intérieur de toi. En fait, cela se transformait en permanence et nous ne pouvions pas voir. Juste imaginer, aidé en cela par les superbes vidéos qu’on trouvait partout sur le NET maintenant.

Et puis les jours sont devenus des mois. Pas de simples mois, non ! Nous parlions de mois de grossesse.

Par chance, tu n’as pas connu les vomissements, simplement quelques nausées et une fatigue un peu plus importante.

J’ai essayé de faire de mon mieux pour t’aider. Je ne sais pas si j’y suis arrivé, mais j’ai essayé je te le promets.

J’ai vu ton ventre si délicat, devenir doucement rond.

Je t’ai observé souvent y poser la main dessus. Entre lui et toi, c’était déjà votre histoire à vous deux. Ce qu’aucun homme ne pourra jamais vivre, et encore moins ressentir.

Tu étais heureuse. Tout se passait bien et tu étais sur ton nuage.

Mais sais-tu où j’étais moi ?

J’étais quelque part en avance sur le voyage. J’avais toujours un mois d’avance sur toi à me poser des questions qui peut-être t’inquiétaient également, mais ni toi ni moi n’avons échangé là-dessus.

Si tu savais comme j’avais peur ! À chaque visite chez le gynécologue, à chaque échographie, je me disais : ouf un mois de plus où tout est parfait. Mais encore un mois de nouveau à espérer et à croire que tout se passe bien.

Je voyais ton ventre se tendre. Cela t’allait si bien ! Je te voyais fière de promener ton gros ventre quand d’autres futures mamans se plaignaient. Jamais je ne t’ai entendu émettre quoi que ce soit de négatif.

Je n’osais te dire que j’avais peur que tu craques ! Pas nerveusement non, simplement ton ventre, ta peau. Bon, elle a craqué ! Tu m’as expliqué pour les vergetures, mais ce n’est pas à cela que je pensais. Quand je pensais craquer, je te voyais en fait exploser toi et le bébé et je vous perdais tous les deux. Tu comprends peut-être mieux pourquoi le matin avant que tu ne te lèves, j’avais cette envie furieuse de caresser ton ventre. Je m’assurais que tout cela n’était qu’un mauvais rêve et que tout allait bien pour toi et notre futur bébé.

Et je ne te parle pas encore de la crainte que j’avais de l’accouchement ! Allais-tu être assez forte pour supporter ce travail de forçat qui t’attendait ? Tu avais toujours le sourire et tu ne voulais pas de péridurale ! Tu avais peur de la piqûre ! Tu m’as trop fait rire là ! Moi je t’assure que je prenais l’injection et dix même si j’y avais droit !

Tu désirais vivre cette naissance pleinement. Moi aussi, mais je ne savais si j’en serais capable ?

Oserais-je lever les yeux vers ton corps qui se tend, se distend ? Vers ta vulve, ton vagin qui se dilataient à outrance ?

Supporterais-je de pouvoir être là à tes côtés sans rien pouvoir faire d’autre que te rassurer, te redire combien je t’aime ?

Te l’ai-je dit d’ailleurs assez pendant ces heures intenses ?

Tu commençais à fatiguer.

Et je commençais de nouveau à avoir peur que tu n’arrives pas entière jusqu’au bout.

Alors je faisais des blagues pour t’aider, mais c’est moi que j’aidais.

Et il a fallu pousser.

J’ai poussé avec toi, mais je n’avais aucune force.

Tu avais la force en toi.

Pousser encore et encore.

Et puis la sage-femme a dit qu’elle voyait la tête et ses cheveux et m’a proposé de venir voir. Je n’osai pas. J’avais peur de découvrir ton corps mutilé. Pourrais-je encore te faire l’amour après cette vision d’horreur ?

Mais je n’ai rien vu d’autre que des cheveux sombres. La sage-femme a tourné la tête du bébé pour aider à l’expulsion et il a jailli comme une savonnette dans la main. Elle le tenait bien. Elle a dit qu’il était très vigoureux ce bébé. Alors comme en écho, il a fait entendre sa voix. Je t’ai vu alors sourire, d’un sourire spécial, particulier, unique comme j’avais.

Elle a ensuite déposé Rose sur ton sein. Elle l’a cherché un instant et puis s’est agrippé à lui. Pour elle aussi, le temps était au réconfort. Je vous entourais toutes les deux de mes bras. Tu ne la quittais pas des yeux. J’y voyais encore ce lien qui perdurera infiniment.

Aujourd’hui, je suis devenu papa et je dois te dire que je suis très fière de toi.

Tu as fait un travail de Titan. Ici, je comprends maintenant le mot travail. Il n’est pas très poétique, mais si vrai dans sa réalité.

Ne t’étonne pas de voir le papier froissé.

Après avoir tenu Rose dans mes bras pour la première fois, je suis venu t’écrire ceci tout de suite et j’ai pleuré de bonheur.

Merci à vous deux mes petites femmes chéries,

Je vous aime.

 

Moi, ton mari

 

Isabelle Vouriot © texte déposé — 24 juillet 2018

 

 

 

 

 

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